
Dans une lettre envoyée le 12 novembre au Premier ministre, le Président de la République a fixé les grandes lignes de la future réforme de la Constitution.
Certaines propositions reprennent celles du comité Balladur, mais Nicolas Sarkozy en a (royalement ?) retiré certaines, modifié quelques-unes et ajouté d'autres, largement inspiré, selon Le Figaro, par son mentor Henri Guaino.
Une de ces propositions, d'abord passée inaperçue dans la profusion du verbe présidentiel, inquiète et révolte aujourd'hui beaucoup des acteurs du Conseil économique et social et, au-delà, bien des milieux laïcs et républicains.
Allant bien plus loin que le comité Balladur, Nicolas Sarkozy veut que la composition, le rôle, « et même le nom » du Conseil économique et social soient modifiés, afin qu'il « fasse place aux jeunes, aux étudiants, aux ONG environnementales et aux grands courants spirituels ».
Ces propos posent deux problèmes d'inégale gravité.
D'une part, le renforcement du collège associatif au CES peut-être une bonne chose. Mais s'agit-il de cela ou, à nombre de sièges constant, de privilégier des familles associatives (étudiants, environnement...), d'ailleurs déjà représentées, au détriment de toutes les autres ?
Et les associations elles-mêmes, notamment à travers la CPCA, voire le CNVA, ne sont-elles pas assez grandes pour proposer elles-mêmes la nature de leurs représentants ?
Bien plus grave, d'autre part, le retour de religieux en tant que tels, des Clergés, non seulement dans la sphère des institutions publiques mais qui plus est dans la troisième assemblée de la République française nous ramènerait directement à l'Ancien Régime et aux Etats-généraux d'avant 1789.
Ce serait non seulement enterrer la laïcité républicaine à la française, garante de toutes nos autres libertés, mais ce serait ouvrir plus que jamais la porte au déferlement des communautarismes et de leurs affrontements dans le champ clos de nos institutions.
Espérant que cet engagement là non plus ne serait pas tenu - comme par exemple celui de snober les dictateurs -, la société civile républicaine a toutefois commencé à se mobiliser contre l'idée folle de celui qui est censé la présider.