
Ceux qui se demandaient quelle Europe les générations actuelles allaient léguer aux générations futures commencent à l'entrevoir : une Europe en échec et en miettes.
C'est une mauvaise nouvelle car on ne doit pas jouer avec un continent qui s'est étripé pendant au moins 2000 ans avant d'entendre, sauf dans les Balkans, la voix de la raison et de la paix. Et où, qui peut en douter, comme disait le bien oublié Bertolt Brecht, "il est encore fécond le ventre d'où est sorti la bête immonde".
Mais c'est une bonne nouvelle pour la jeunesse européenne qui n'a plus qu'à se retrousser les manches pour faire mieux que ses aînés les marchands, les lobbies, les politiciens démagogues, les technocrates suffisants, les experts autoproclamés, les béni-oui-oui atlantistes.
Fastoche !...
Car c'est bien cette Europe "d'en-haut" là qui vient de se fracasser une nouvelle fois sur le rempart du suffrage universel.
Ne soyons pas dupes : le non irlandais a bien des raisons qui n'ont pas toutes trait à la démocratie et à l'intérêt général européen. Les 28 états assemblés n'ont pas tous non plus des cultures ouvertes et démocratiques. Au moins est-il clair - espérons qu'ils l'ont compris - qu'ils sont là pour inventer ensemble le logiciel humaniste du 21ème siècle.
Mais, comme en France, comme aux Pays-Bas en 2005, réjouissons nous qu'un peuple méprisé par ses représentants ait été capable de refuser le chemin indiqué par ses élites possédantes, au pouvoir ou rêvant de l'être.
Le mal est profond car ce n'est pas qu'un certain modèle politique de l'Europe qui se plante, c'est celui de notre "société libérale avancée" toute entière, comme disait un de ses penseurs, Valéry Giscard d'Estaing.
Mais réjouissons nous, là encore, que les rudiments du modèle alternatif à reconstruire soient déjà sur la table, face aux jeunes :
Une autre Europe est possible, contrairement, donc, à celle que proposaient le traité initial et sa version dite simplifiée.
Aux jeunes de la construire et donc de juger, dans le six prochains mois, une présidence française qui s'annonçait déjà comme un must de pitreries sarkozo-berluscono-merkelo-barroso-browniennes et qu'il vaudra mieux voir comme le chant du cygne d'une vision du monde obsolète et condamnée.
Ces gens là ont planté le rêve européen. Place aux élections européennes de 2009 et surtout place aux jeunes !