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A Strasbourg, un diplôme de finance islamique empreint d'éthique (06/10/2008)

Date de mise en ligne : 06/10/2008.

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Formation

A partir de janvier, l'Ecole de Management de Strasbourg proposera pour la première fois en France des cours de finance conformes aux préceptes du Coran dans le but de former notamment de futurs gestionnaires de fonds musulmans.

"La finance islamique est une autre façon d'investir, une autre façon d'acquérir un bien. On préfère éviter les transactions incertaines", résume Ibrahim Zeyyad Cekici, membre de l'équipe pédagogique et professeur-chercheur en droit à l'EMS.

S'il existe déjà un diplôme similaire en Grande-Bretagne, pays où s'est développée la première industrie de la finance islamique en Europe, et de nombreuses formations en ligne, cet enseignement est en France encore inédit.

Le diplôme universitaire propose 405 heures d'enseignement en formation continue. Homologué BAC+5, il est ouvert aux titulaires d'un master, d'un BAC+4 et aux personnes possédant une expérience professionnelle significative.

Au programme : introduction à l'islam, à l'économie et au droit musulman puis un noyau dur où seront abordés le régime juridique des contrats de droit musulman, le droit bancaire et le droit des marchés financiers avec les titres islamiques, tels que le "salam", l'"ijara" et le "sukuk".

L'intérêt suscité par ce diplôme adossé à un programme national de recherche dépasse cependant de loin le seul espace français, car les candidatures viennent d'Angleterre, du Maghreb, d'Inde et du Pakistan.

A l'issue de leur année, les étudiants peuvent espérer accéder à des postes à responsabilité notamment dans le secteur bancaire, des assurances ou de la finance.

Située aux antipodes du capitalisme conventionnel car ancrée dans l'économie réelle, la finance islamique répond notamment à des prescriptions coraniques, comme la prohibition d'intérêts, appelés "riba".

Conformément à la charia, certains secteurs d'activité sont interdits comme l'alcool, l'armement, l'économie porcine et tout autre suggérant la débauche humaine.

Pour tout financement ou investissement, un actif réel est nécessaire.

M. Cekici rappelle ainsi que les investisseurs du Golfe persique ont été épargnés par la crise des "subprime" -- ces crédits hypothécaires à haut risque aux Etats-Unis --, à laquelle est confrontée la finance mondiale.

Car "revendre des créances, les racheter, les revendre, puis les racheter: ce genre de montages n'est pas accepté dans la finance islamique", explique-t-il, le taux d'intérêt variable et la cession de créance étant interdits.

A l'EMS de Strasbourg, les étudiants apprendront également ce qu'est la "mourabaha", un contrat de vente qui procure certes une marge bénéficiaire pour le bailleur de fonds, mais qui, par le partage des pertes, implique une responsabilité sociale.

A titre de comparaison, M. Cekici rappelle qu'à l'heure actuelle, chaque jour, environ 10.000 foyers américains insolvables perdent leurs biens sans que le financier ne soit impliqué. "Mais quand vous partagez les pertes, il y a d'autres risques", tempère-t-il.

La finance islamique -- un marché évalué à 700 milliards de dollars -- n'est pas totalement absente de France. Les principaux fonds islamiques du Golfe (Gulf Finance House, Qatar Islamic Bank, Barwa Real Estate ou Quinvest) sont déjà propriétaires de bureaux dont l'acquisition a été financée par un montage islamique. Leur patrimoine est estimé à 3 milliards d'euros.

En juillet, le gouvernement s'est dit favorable à son développement en France, en lui offrant un cadre juridique et fiscal plus accueillant afin de drainer une partie des liquidités du Golfe qui se déversent aujourd'hui sur Londres.

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