
Le portefeuille (un mot dont il faut se méfier) de la jeunesse, des sports et de la vie associative est l'un des moins garnis de la République : bien moins de 0,5% du budget de l'État.
A contrario, la jeunesse, on l'a vu avec les banlieues ou le CPE, est l'un des principaux enjeux de notre société vieillissante. La négliger serait une sorte de crime contre l'avenir.
Sortir le sport de la marchandisation, du dopage, de la corruption, de l'affairisme, de la violence, de la triche et du miroir aux alouettes de l'élitisme serait aussi un challenge moral de premier ordre pour un grand ministre. On en a connu : Léo Lagrange, Maurice Herzog, même Marie-George Buffet qui fit ce qu'elle pouvait.
C'est enfin l'honneur de ce Ministère d'être chargé de promouvoir le mode d'engagement et la source de bien-être préférés de nos concitoyens : la vie associative.
Or, que nous propose-t-on à ce Ministère petit Poucet aux si grands enjeux démocratiques ?
D'abord le rattachement à un ogre, le Ministère de la santé. Sous M.M. Raffarin et Ferry (Luc, hélas !), l'ogre était l'Education nationale : il ne s'était pas passé grand chose.
On nous propose aussi un trio fort glamour et médiatique : Roselyne Bachelot, Bernard Laporte et, mais elle refusa, Maud Fontenoy.
La première, fille de résistant, en dépit de son style baroque, voire kitsch, suit pour l'instant les choses de trop loin : en témoigne un projet de budget régressif en qualité comme en quantité (cf. nos récentes "actualités" sur ce thème sur ce site). Encore peut-on faire crédit à Mme Bachelot d'une certaine franchise et d'un sens de l'État, comme le montre son tacle d'un Bernard Laporte qui s'était montré trop adepte de son bon plaisir de Secrétaire d'État non masochiste.
Ce dernier, le second du trio, à part une victoire au rugby contre les All Blacks, n'a rien pour plaire, sauf, visiblement, à Nicolas Sarkozy. Désavoué même par certains de ses "dieux du stade" éminents, affairiste multicartes, dont celles du poker des casinos, homme sandwich polyvalent même pour du jambon aux poly phosphates, soupçonné par le fisc, il méritera la coupe du monde de transfiguration s'il sort le sport français de la fange où les marchands le traînent.
Quand à Maud Fontenoy, VRP markettée de chez L'Oréal, nous avions souligné dans une "actualité" de ce site que, quels qu'aient été ses mérites sportifs, nous l'imaginions mal ramer sans ambigüités pour promouvoir une jeunesse fragile et plurielle qu'elle ne valait sans doute pas autant que ça !
Le ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative est, nous l'avons dit, une chose très sérieuse pour notre République. Ne faisons pas trop de procès d'intention à ceux qui en sont en charge mais avertissons-les : leur responsabilité est immense et ne saurait se satisfaire d'un "casting" ni d'un défilé de tailleurs fluos, ni d'écrans publicitaires, ni de slogans, ni de masques cosmétiques.