
Rien de moins que la recherche du bonheur ! Comme dans un sujet de philo du bac, chacun, lors de la 29e Rencontre nationale du Crédit coopératif, la semaine passée à Paris, avait sa petite idée sur la question, et notamment sur la manière dont l'économie sociale pourrait apporter sa contribution, sinon au bonheur pour tous, du moins à l'adoucissement de la crise pour ceux qui en pâtissent. En guise d'introduction, Jean-Louis Bancel, président du Crédit coopératif, a voulu réaffirmer la position particulière de l'établissement financier, qui place l'homme au coeur de son projet : « notre banque a vu le nombre de ses clients augmenter en 2009. C'est le signe qu'ils recherchent à donner un nouveau sens à l'argent et à leur épargne». Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, a cependant souligné qu'on était encore loin de passer à un autre modèle de consommation, alors que l'hyper-consommation ne parvient pas à assurer le bonheur de toute la planète : « on se rend bien compte que le modèle qu'on nous propose, favoriser les plus riches, pour qu'ils tirent le reste de l'économie, ne fonctionne plus. Au contraire, le déclassement s'accentue ». Des propos confirmés par Jean-Etienne Chapron, rapporteur général de la Commission Stiglitz, qui pense qu'on est en plein paradoxe d'Easterlin : « les richesses s'accroissent, mais pas le bien-être, d'où l'importance de trouver de nouveaux indicateurs ». Est-ce que le bonheur pourrait venir des nouveaux entrepreneurs sociaux, s'est demandé Philippe Lemoine, président du Forum Action Modernités. Pas sûr, à écouter les propos de Nadine Richez-Battisti, maître de conférences en sciences économiques, qui a animé les débats, en affirmant que le social business usurpait les objectifs de l'ESS. « Dans le social business, a-t-elle poursuivi, les questions de démocratie et de gouvernance ne sont pas posées. Au contraire, dans l'ESS, les projets sont collectifs et partent du bas. Pourquoi l'ESS accepte-t-elle que d'autres s'approprient ses valeurs, alors que c'est elle qui invente la société de demain ? » Tout naturellement, elle plaide pour que les entreprises de l'économie sociale et solidaire s'agrandissent, pour mieux diffuser leurs valeurs, au sein d'un projet qui soit à la fois politique et économique. Ce nouveau modèle est-il à même de satisfaire tout le monde ? Pour Jean-Etienne Chapron, le grand défi de demain sera de persuader les pays du Sud, comme l'Inde et la Chine, de changer de mode de consommation pour préserver la planète, d'autant que ces recommandations viennent des pays riches, dont le mode de vie a mis l'humanité en péril. Demain le bonheur ?