
Un peu de stress, sans doute... Une communication mal maîtrisée, un dérapage. Mais comment comprendre la dernière sortie de Fadela Amara ? La secrétaire d'Etat à la politique de la Ville a manifesté son soutien à Jean Sarkozy, samedi 24 octobre sur France-5 : elle conseille au fils du président de la République de saisir la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) en raison d'une "discrimination au patronyme". "Moi, j'aurais été sa conseillère, je vous le dis très franchement, je lui aurais conseillé de saisir la Halde", a lancé Fadela Amara, lors de l'émission « Revu et corrigé » de Paul Amar. "Parce qu'il nous a inventé une nouvelle discrimination, c'est la discrimination au patronyme. En fait, on lui fait payer son nom, c'est ça la réalité", a poursuivi Fadela Amara, dont le sens de la formule doit ravir Jacques Séguela. Et de poursuivre : "C'est parce qu'il s'appelle Jean Sarkozy qu'on lui a fait payer." Peu inspirée, Fadela Amara a dit aussitôt exactement le contraire : "Peut-être que le fait qu'il s'appelle Sarkozy, effectivement, cela lui facilite certainement les choses." Eh oui, il est là le problème, Me Amara.
Nous n'avons rien contre le jeune Jean Sarkozy. Il est même plutôt talentueux. Mais il a déjà les mauvais tics de cette com' qui aseptise, de ces phrases apprises par c½ur, de cette absence de sincérité, de ce propos trop lisse. Il ressemble tellement à son père : cette manière un tantinet paranoïaque de considérer qu'une question est une agression. Par chance, les journalistes français sont à un tel niveau de subordination que les interviews sont des plateaux offerts en porcelaine aux plans com'. Des questions simples auraient du être posées : est-ce que votre père vous a mis le pied à l'étrier ? N'avez-vous pas le sentiment qu'une ascension aussi fulgurante est liée à votre hérédité ? Comprenez-vous l'indignation de ces jeunes Bac + 6 qui galèrent pour décrocher un emploi payé au Smic ? France 2 veut-il imiter TF1 ? Il y a des tas de fils de... et de fille de... Ils débarquent dans les collectivités, ils avancent au piston, ils se frayent un chemin plus facile. Charlotte Gainsbourg aurait-elle fait du ciné si Serge et Jane n'avaient été là ? Guillaume et Julie Depardieu ? Laura Smet ? Ce sont de mauvais exemples parce qu'ils incarnent une haute qualité du cinéma français. Mais nous sommes confrontés, en France, à cette réalité : se tirer de l'anonymat par son seul mérite devient de plus en plus compliqué. Cette réalité, ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui l'a confortée ; il ne fait que rendre la monnaie à ceux qui l'ont aidé. Mais il y a des limites à l'indécence. Une société qui garde un tant soit peu de dignité doit impérativement veiller à ce que l'ascenseur social fonctionne, à ce que l'exemplarité, celle qui tire vers le haut, celle qui entraîne le déclic, à l'école, dans un club de sport, soit préservée comme la seule réserve d'espoir dans une démocratie. Si cette source se tarit, si ce stimulus disparaît, le chaos est possible. La France des castes doit faire son examen de conscience.
Non, Me Amara, la Halde est plutôt faite pour ceux qui ne s'appellent pas Sarkozy. Le prince Jean saura bien rebondir. Bon sang ne saurait mentir...