
Mutuelle de travail, c'est le nom qui vient de réapparaître dans l'univers de l'économie sociale et solidaire. L'appellation est lancée par Coopaname, qui se reconnaît aujourd'hui plus dans un tel objet que dans celle de coopérative d'activités et d'emploi (CAE), dont elle a pourtant le statut. Le passage à une troisième génération de CAE, sur fond d'une critique de l'entrepreneuriat individuel et de l'auto-entrepreneuriat (ou plutôt de ceux qui en font la promotion) était le thème des Universités d'automne de Coopaname, organisées le mois dernier à Paris. Pour Elisabeth Bost, qui a imaginé le concept, on a en effet évolué de collectifs de travail, dans lesquels les personnes présentes recherchaient un nouveau rapport au travail, à l'entreprise partagée, dans laquelle on inventait son activité, jusqu'à ces mutuelles de travail. Selon Stéphane Veyer, directeur de Coopaname, il importe aujourd'hui de fonder des mécanismes de protection collectifs : « au-delà de la mutualisation des moyens, on a besoin d'une mutualisation des risques ». La mutualisation est ainsi une manière de lutter contre la précarisation. « En cela, souligne Nathalie Devolvé, membre elle aussi de Coopaname, la mutuelle de travail est l'exact contre-pied de l'auto-entrepreneuriat. » Un avis partagé par le chercheur Jean-François Draperi, qui estime que le statut d'auto-entrepreneur est un coup porté au salariat : « l'auto-entrepreneuriat, c'est de l'auto-exploitation ! » Pourtant, même si les mutuelles de travail sont anciennes, comme l'a rappelé Jean-François Draperi, il ne sera pas facile de les réhabiliter, sans un soutien plus fort de l'ESS, la CAE étant encore observée comme un objet hybride par les familles de l'ESS. « Elle tient à la fois de la SCOP, de la mutuelle et du syndicat, poursuit Stéphane Veyer. C'est pourquoi, en passant à la mutuelle de travail, nous exprimons clairement que nous cherchons à créer une protection commune. » A contrario de l'économie sociale, la Région Ile-de-France soutient les CAE quasiment depuis l'origine. Pour Francine Bavay, vice-présidente de la Région, on retrouve dans la CAE des interrogations qui sont à l'origine de l'ESS : comment passer de la mutualisation à la mutualité ? Comment se protéger collectivement ? Les CAE sont aidées en tant que nouvelles formes de création d'activités. Aujourd'hui Coopaname compte plus de 400 entrepreneurs-salariés, répartis sur six établissements à Paris et dans la petite couronne. Les "coopanamiens" ont pris l'habitude de travailler ensemble (réponse commune à des appels d'offres, mise en place de filières, travail collectif sur un produit, etc.) ; pour eux, la mutualisation de demain passe aussi par une ouverture à des acteurs extérieurs de l'ESS, notamment dans les domaines de la formation et de l'accès à des outils financiers. Rendez-vous l'an prochain pour cette nouvelle étape.