
Certes, la droite n'a pas l'apanage des dérapages racistes. Avec un Frêche dans les pattes et ses « cons » sympathiques, le PS ne peut se poser sur un Aventin vertueux. La vertu est une totalité inaccessible, elle impose une radicalité de comportement. Mais la droite se déploie ces derniers temps avec une créativité morbide sur l'identité nationale. La contagion est folle, elle relève de la pandémie mentale, elle touche tout le monde, les maires sévèrement burnés, tapistes, qui gèrent leur commune comme des présidents de clubs boulistes, contre lesquels au passage nous n'avons strictement rien. La crainte est telle d'une panade électorale aux régionales que l'UMP se débraille et les beauferies de comptoirs se succèdent aux insanités attentatoires à la dignité humaine. Sera-ce au moins porteur dans les urnes ? La berlusconisation de la droite relève-t-elle de la stratégie électorale ? La droite nage en plein paradoxe. Nicolas Sarkozy est remarquable d'humanité lorsqu'il annonce que la France s'est trompée au sujet de Najlae Lhimer, une étudiante marocaine sans papiers avait été refoulée vers le Maroc le 20 février dernier. Elle reviendra dans le pays qui est le sien et le visa de son retour, c'est Sarko qui était allé le chercher « avec les dents ». Bravo, M. le Président ! Puis, dans la foulée, Gérard Longuet assure que Malek Boutih, l'ancien président de SOS Racisme, qui se morfond au PS, n'est "pas le bon personnage" pour présider la Halde et qu'il serait plus avisé de nommer un représentant du "corps français qui se sente traditionnel". Quelle phrase ! Quelle horreur ! L'identité nationale façonnée par la vision la plus rétrograde de la tradition, celle du rejet de l'Autre, celle de l'image du mal qu'incarne l'Autre. Alors, c'est vrai, il faut le reconnaître, le folklorisme FN sur l'immigration, remis au goût du jour par les filles Le Pen, a du mal à se frayer un chemin face à la concurrence démagogique de l'UMP. C'est une bien maigre consolation. M. Longuet, le corps français, c'est Arthur et Mohamed, c'est Livio et Kevin, dans quel monde vivez-vous, quel métro ne prenez-vous pas, quels sont vos trajets de vie quotidiens ? La droite a détruit en quelques moins un engagement sarkozyste : l'intégration de tous les Français, la mise en perspective valorisante des bigarrures sociales françaises, une France de cohésion et de sens national, un patriotisme enchanteur (pourquoi pas), mobilisateur, non angélique... Comment supporter une telle sortie de Longuet quand on vit dans la vraie vie ? Comment se mettre à la place de l'Autre, cet Autre que l'on conforte dans son statut de rebut, comment attendre des forces vives de la société qu'elles s'élèvent au-dessus de la monstruosité raciste quand des hommes supposés intelligents comme M. Longuet se vautrent dans le sordide hétérophobe ? Personne ne niera le problème migratoire. Personne ne niera le lien évident entre jeune délinquance et immigration, sauf à boire l'apéro tous les soirs avec des autruches bobos, loin de la vraie vie et dans le pire évitement droit-de-l'hommiste. Mais il faut déconnecter l'impensé national de la délinquance -c'est simple, personne n'en parle- de la France de Malek Bouthi qui est la nôtre. C'est une urgence absolue. Le drame français, c'est de s'interroger encore sur le fait que Boutih et Durand n'appartiennent pas au même « corps français ». La puissance de cette régression mentale au XXIe sent mauvais, tout simplement. De Gaulle, ils sont devenus fous ! Pour être honnête jusqu'au bout, Gérard Longuet a présenté ses excuses à Malek Boutih. Reconnaître ses erreurs, c'est le début de l'intelligence...