
On a peu parlé d'économie solidaire dans la campagne pour les élections régionales. Certes, on a salué le retour, dans la bataille politique en Région Bretagne, de Guy Hascoët, ancien secrétaire d'Etat à l'économie solidaire ; on se sera également attardé sur le rôle des Régions dans le soutien financier aux entreprises (et notamment sur la conditionnalité des aides publiques) ; on aura ponctuellement évoqué l'apport du micro-crédit personnel, encouragé par les collectivités locales, pour atténuer les effets de la crise. On en a peu parlé, mais la quasi-totalité des listes en présence (à l'exception de l'extrême-droite) incluent désormais les thématiques de l'ESS dans leurs programmes, comme la Lettre de l'économie solidaire l'a montré dans ses derniers numéros. Et de fait, l'ESS, depuis 2004, voire depuis 1998 dans certains cas, a pris la force de l'évidence à cet échelon régional : plans de développement de l'ESS, intégration dans le SRDE, soutiens financiers aux acteurs locaux. Alors, la place de l'ESS est-elle acquise dans les compétences régionales ? Trouvera-t-elle la même attention dans les institutions issues de la future réforme des collectivités locales ? Devant les incertitudes naturelles liées aux élections, plusieurs réseaux ont continué ces derniers mois de présenter leurs requêtes aux candidats. Dernier tour d'horizon avant de voter ! Le Labo de l'ESS a été l'un des premiers à dégainer son appel Développer durablement nos Régions, par une économie sociale et solidaire ; il a été signé par Jacques Delors et Edgar Morin. L'appel véhicule une série de recommandations concrètes pour l'après-scrutin : développement des associations d'utilité sociale et des filières solidaires, soutien de la reprise d'entreprises par leurs salariés et appui au financement de l'ESS, par exemple via les FRIS (www.lelabo-ess.org). La CPCA développe une vision analogue centrée sur les associations, au travers de trois propositions : pour une politique régionale de renforcement des capacités d'agir des associations, pour la clarification et la sécurisation des relations contractuelles entre collectivités et associations, pour une vision stratégique de l'emploi d'utilité sociale (cpca.asso.fr). Du côté des coopératives, le GNC « interpelle les candidats aux élections régionales pour une meilleure reconnaissance des entreprises coopératives dans les politiques régionales et les Schémas régionaux de développement économique » au moyen de dix actions territoriales (www.entreprises.coop). Pour les associations intermédiaires, le Coorace Ile-de-France réclame une meilleure prise en compte de l'insertion par l'économique, notamment sur la généralisation des clauses d'insertion et sur le maintien des emplois-tremplins (www.coorace-idf.org). Des structures du commerce équitable et de l'agriculture paysanne, autour de Minga, de la Confédération paysanne et des Amap, ont fait aussi entendre leur voix pour demander des « plans d'emplois régionaux pour l'installation paysanne, articulés notamment sur des processus d'apprentissage, de recherche, de formation et d'accompagnement pour promouvoir les projets de petite taille et les techniques de culture agro-écologique, pour répondre entre autres aux besoins de la restauration collective (hôpitaux, maisons de retraite, cantines,..), ainsi qu'une politique foncière ambitieuse pour protéger et développer la production alimentaire, en priorité en périphérie urbaine » (www.alimentons-les-regions.fr). Rendez-vous bien sûr après le deuxième tour, pour savoir si l'économie solidaire continue d'être une politique régionale.