
L'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale a été lancée le mois dernier à la Cité Universitaire de Paris. Au-delà des engagements de l'Union européenne (développement de la stratégie d'inclusion active) ou de la France (lutte contre le sans-abrisme et appui aux expérimentations sociales), cette journée a montré le poids des ONG, des associations et de l'économie sociale et solidaire dans les combats contre l'exclusion. D'ailleurs, selon le sondage Eurobaromètre publié à cette occasion, les Français font autant confiance au gouvernement qu'à la société civile pour réduire la pauvreté. En forme de reconnaissance du rôle de ce secteur, François Soulage, président du Secours catholique et ancien Délégué interministériel à l'économie sociale, a été nommé ambassadeur de l'Année européenne 2010. Par ailleurs, les ministères concernés (Haut-Commissariat aux Solidarités actives et secrétariat d'Etat au Logement) ainsi que la Commission pour l'emploi, les affaires sociales et l'inclusion, ont présenté les résultats de l'appel à projets du Programme communautaire Progress. Parmi les 60 projets, nombre d'entre eux se rattachent à l'univers de l'ESS : insertion par le logement à Clichy sous-Bois, avec la Scic Habitats solidaires, promotion de l'économie solidaire à Aubervilliers, avec le Conseil local de prévention des exclusions, coopérative d'activités et d'emplois en Corse, épiceries solidaires à Perpignan, etc. Tous ces projets et bien d'autres seront aidés via Progress ; un autre outil européen de microfinancement devrait voir le jour cette année, à destination des personnes en situation difficile et des micro-entreprises de l'économie sociale. Mais le plus frappant dans cette journée fut sans doute d'entendre la parole des pauvres eux-mêmes, et notamment leur souhait légitime d'être parties prenantes des décisions qui les concernent au premier chef, à la manière des associations de chômeurs, soucieuses d'être intégrées dans les structures qui traitent d'emploi. Patrick Vidalenc, ancien résident d'un CHRS de Reims, est aujourd'hui membre de l'association la Parole du citoyen. Présent à la tribune, il a demandé que les propositions des pauvres ne soient pas utilisées seulement comme alibis, mais qu'ils soient associés à l'élaboration des lois et des règlementations qui les touchent. Magda de Meyer, du secrétariat d'Etat de Lutte contre la pauvreté en Belgique, a expliqué que c'était déjà la pratique dans son pays, avec notamment les « experts du vécu ». En France, François Soulage indique que les associations travaillent main dans la main avec les exclus et que Progress doit permettre d'améliorer leur participation. Un autre représentant de la Parole du citoyen a résumé les enjeux en soulignant que « les pauvres ont des ressources autres que monétaires. Ce que nous demandons d'abord, c'est : ne dites rien sur nous sans nous, ne faites rien pour nous sans nous ». Face aux 80 millions de citoyens vivant au-dessous du seuil de pauvreté en Europe, peut-être est-il temps d'accepter que les solutions viennent aussi des pauvres et plus seulement de la compétitivité économique, comme l'a bien montré la députée européenne Pervenche Bérès ?