
On sait la situation dramatique du logement en France. La Fondation Abbé Pierre estime à 3,5 millions les personnes mal-logées ou non-logées en France ; en outre, il y a encore 6,5 millions de locataires en situation instable (voir la Lettre de l'économie solidaire n°211). Pour pallier les carences de l'Etat vis-à-vis du logement social, l'épargne populaire (au travers du Livret A) conserve une place prépondérante. Mais l'épargne solidaire a aussi un impact grandissant. Un tiers des sommes collectées par cette épargne sont dirigées vers des structures d'insertion par le logement. Pour illustrer la place de ces acteurs, Finansol a organisé récemment une visite de chantier en plein c½ur de Paris, là où des associations comme Habitat et humanisme ou Solidarités nouvelles pour le logement veulent reloger les personnes en difficulté, dans une logique de mixité sociale. Rue de Basfroi, dans le 11e, six logements sont bientôt prêts à accueillir des familles et aussi des personnes en situation de handicap. Le montage financier qui permet la réhabilitation de l'immeuble a été amorcé à partir des sommes collectées pour Solidarités nouvelles par le Livret Agir du Crédit coopératif (les souscripteurs reversent les intérêts) ; en plus, un groupe local de solidarité est mis en route pour que l'intégration des nouveaux arrivants se passe au mieux. A côté des produits de partage, il existe d'autres formules d'épargne solidaire, comme l'investissement direct dans des structures dédiées : la Foncière d'Habitat et humanisme, la Scic Finantoit ou le Chênelet, un nouvel adhérent de Finansol, qui reloge des personnes dans des bâtiments construits par des entreprises d'insertion du BTP, selon des normes environnementales. Au total, en 2008, 1 500 familles ont pu retrouver un logement grâce à l'épargne solidaire. Il pourrait y en avoir encore plus avec l'essor de l'épargne salariale solidaire. François Taconet, de la Scic Habitats solidaires, note que le coût de production de logements via l'épargne solidaire est moins élevé pour la collectivité que la location de places dans des hôtels en période hivernale ou que la production de logements privés, qui bénéficient de déductions fiscales quand ils sont loués. Et cela n'empêche pas d'innover, ajoute Alix Guibert, d'Habitat et humanisme, qui évoque des projets de résidences collectives intergénérationnelles à Lyon ou de pensions de familles pour des personnes handicapées mentales à Cherbourg. Au-delà de l'épargne solidaire, les acteurs du logement social et très social, forts de leur expérience dans l'accompagnement, souhaitent mobiliser les propriétaires privés, qui préfèrent payer la taxe sur les logements vacants que donner un lieu de vie à des personnes en difficulté. Ces propriétaires sont au nombre de 400 000 en France.