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N°102 - 17/11/2009

IMA rouge

Edito

Tu la veux celle-là ?!

La fessée, c'est une autre madeleine de Proust, un peu plus indigeste pour les uns, plus folklorique pour les autres. Car il y a bel et bien fessée et fessée, celle qui recadre un enfant dont le comportement en réclamerait une petite et celle qui envoie directement aux urgences pour une raison injustifiable. Face au dévoilement progressif de la violence dans les familles, il est de bon ton de mettre le débat sur la table. A ceux qui pensent qu'une bonne fessée aurait été utile en son temps à un gamin qui piétine le respect des adultes, certains répondent qu'ils ont eu leur dose, et qu'elle devait être plus élevée qu'ils ne le pensent. Vieille évidence psychologique : c'est de la violence que naît la violence, subir la violence prédispose à l'exercer avec expertise... Le ruban blanc de Haneke en détaille la subtile causalité. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Après l'autoritarisme du début du siècle - « tu vas voir ton père ce soir la fessée qu'il va te donner » résonne dans la tête de certains »- et l'expérimentation avortée de la levée de l'interdit soixante-huitard, que reste-t-il aux parents pour bien éduquer ? Interdire la play-station ? Boucler la télé ? Parler, même quand on ne sait pas le faire ? Frapper, même quand on ne sait pas le faire ? La seule chose que l'on sache, c'est que la fessée est au bout d'un processus de castration sociale : chômage, humiliation, perte d'exemplarité paternelle, assujetissement technologique, réduction du champ d'affirmation sociale, bêtise téléphagique, etc. C'est tout ça, cet affaissement possible de soi, de son image, qui peut rendre la fessée plus appuyée, plus délictuelle.
Les parents qui distribuent des fessées à leurs enfants pourraient bientôt être hors la loi. C'est ce que préfigure la proposition de loi de la députée UMP Edwige Antier qui veut introduire l'interdiction de la fessée dans le Code civil. Selon l'élue de Paris, également pédiatre, les claques sapent toute vertu éducative. Pis, elles rendent l'enfant agressif. "Ceux qui n'ont jamais reçu de fessée sont mieux élevés, plus à l'écoute des adultes et de leur autorité", explique-t-elle au Parisien. On aimerait tellement le croire.

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Karine Michel, journaliste

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